Notre bien aimé héros, ici monsieur tout le monde, cadre, frêle et chétif, apparemment incapable de survivre à un accident d'av... oups ! Pardon, j'ai rien dit. Le héros, donc, est tranquillement en train de lire son journal, dans un avion pour partir en vacance. Quelques places devant, sa femme et ses enfants sont sagement assis. Il regrette de ne pas être à côté d'eux, mais ne s'en fait pas plus que ça, car il prend souvent l'avion et sait que les chances pour qu'un pélican à cette altitude, ayant tantôt avalé un pinceau, un artichaut et une poupée Barbie, passe dans l'un des réacteurs, et pour que le pinceau se coince dans les rayons de l'hélice, et propulse par l'effet de levier la poupée Barbie dans l'axe des pales, que cette poupée s'y emmêle les cheveux, et ralentisse suffisamment la rotation pour que l'artichaut arrive à l'intérieur du système non pas en bouillie mais en tranches, et puisse alors être assez dense pour bloquer les roues dentées, sont infimes.
Le héros, rassuré par ces pensées, lit paisiblement, un léger sourire aux lèvres... QUAND SOUDAIN ! Un pélican passe malencontreusement à travers l'un des réacteurs... On ne saura jamais comment, mais à cause de cela le réacteur se bloque puis explose, enflammant l'aile qui ne tarde pas à se décrocher, emportant dans sa chute une partie de la coque de l'habitacle, qui laissant un trou béant aspire un à un sièges, bagages et passagers. Des lumières rouges clignotent dans tous les sens, l'avion tremble, les gens hurlent. Le héros, cramponné à son siège, serre les dents mais n'en contrôle pas ses sphincters pour autant. C'est alors qu'il voit dangereusement approcher de l'avion une île déserte sur laquelle il vont s'écraser à une allure folle... L'impact est imminent !... Plus qu'une seconde pour se repentir !... LE SOL !... Et là, c'est le trou noir...
Le héros, tout décoiffé, en sueur, se réveille en sursaut, poussant un cri apeuré. Ouf ! Ce n'était qu'un mauvais rêve. Déjà apaisé, notre ami se tourne vers sa gauche pour voir s'il n'a pas réveillé sa femme. Mais quelle n'est pas sa surprise quand il découvre à la place un parfait inconnu dont la cervelle sort par les trous de nez. Pensant s'être simplement trompé de côté, il regarde alors à sa droite, mais un second inconnu y est installé, quelques vertèbres émergeant du sommet de son crâne... Tout ceci est bizarre. Reprenant ses esprits, il se rend compte qu'il n'est ni en pyjama, ni dans son lit, mais en tenue d'extérieur, assis sur un siège. Regardant autour de lui, il remarque que sur les côtés, devant, derrière, partout il y a d'autres sièges tous occupés par des gens plus ou moins morts. Se levant, il réalise qu'il est en fait à bord d'une carcasse fumante d'avion écrasé, en plein milieu d'une île déserte.
« Ma femme ! Mes enfants ! » Le héros, paniqué, bouscule sans cérémonie ses voisins, à la recherche de sa famille. Il cherche, cherche, puis subitement son regard se fige sur un point dans le hors-champ. Son visage pâlit, et lui qui n'était pas perturbé par tous les morceaux d'os et de boyaux étalés un peu partout, est soudain anéanti par la vision de la bague de mariage de sa femme, de la balle de base-ball porte bonheur de son fils et du dessin que sa petite fille avait fait pour lui.
Pourquoi trouve-t-il miraculeusement ces objets symboliques, alors que tout atour les cadavres de figurants sont tous montrés à nu et à vif ? Pour ne pas choquer, les amis, car si le héros découvrait plutôt un bout de jambe calcinée ou une mâchoire inférieure édentée, vous fondriez en larmes, croyez-moi. C'est, ça, la règle d'or du grand cinéma : l'abstraction ; montrer le moins possible pour faire voir le plus.
Plus tard, se promenant sur l'île, le héros découvrira, dans les restes d'un réacteur, un bout de patte symbolique de pélican...
Lulu