Le black de service

Le black de service
Ouvrons cet article avec un fait cinématographique authentique. Depuis très peu de temps (depuis les lois condamnant toute forme de racisme), une nouvelle convention implicite est née dans les studios américains, toujours soucieux de faire bonne impression : toute ½uvre cinématographique mettant en scène un groupe de protagonistes doit impérativement inclure au moins une personne de couleur. Un personnage a donc été rajouté parmi les clichés, introduit de force par les producteurs, et dont la seule envie des metteurs en scène et de s'en débarrasser dès la première occasion (ce qui explique son espérance de vie relativement faible). Et ainsi fut créé le black de service :

Nom : Un nom « cool », comme Jizzy-G, Reggae man, DJ Jackson, Mr Horse, mais certes un peu trop je-m'la-pète.

Surnom : Pour éviter l'ostentatoire avec « black de service », on peut aussi employer le terme d'« habituel protagoniste afro-américain »... mais bon... Ce peut être également, dans des cas spécifiques, le second rôle ou l'état-major.

Physique : Il a souvent une tête indescriptiblement peu crédible, avec de temps en temps une coupe afro de 10 à 50cm3, ou des dreadlocks, ou un bouc bien frisé. Il est parfois légèrement enrobé, voire même du genre petit-gros-moche, ou alors, au contraire, c'est un incorrigible roi de la gonflette, qui sait encore mieux déboucher les bocaux de cornichons que le héros. Mais il y a par-dessus tout un détail qui ne trompe pas : il est black.

Style vestimentaire : Très « macho man »! Et vas-y que je te sors tantôt les costumes pelle à tarte avec les grosses lunettes et les hauts talons assortis, tantôt les petites chemises ou les débardeurs moulants qui montrent bien mes gros bras avec mes tatouages faits en prison. Ou alors, lors des grandes occasion, je peux t'enfiler (?) mon treillis ou mon costar de ministre. Mais au fond, je suis toujours le même...

Mental : Le black de service ne réfléchit pas trop. Il faut dire, il n'a pas souvent... l'esprit clair, et préfère s'en remettre à d'autres parties de son corps que son cerveau. Fréquemment susceptible, toujours râleur au sujet des injustices raciales. Mais si on peut le féliciter d'une chose, c'est d'être le plus parfait des « cool guy », celui qui détend presque aussi bien l'atmosphère que le second rôle, et qui flippe aussi bien au moment de l'action (sauf s'il a des gros bras en kit).

Passe-temps favoris : Détendre l'atmosphère, se vanter de ses proportions, draguer les nanas et plus si affinités, fumer des vertes et des pas mûres, raconter des cochonneries, se plaindre des injustices dont souffrent les gens de son « peuple », mourir le plus vite possible, mais surtout, surtout, rester cool... cooooooooool...

Métier : Glandeur, cancre, plus ou moins gros dealeur ou trafiquant d'armes, barman, employé de fast food ou de station service, écureuil en peluche géant dans les parcs d'attraction les week ends... si c'était un métier, il pourrait aussi être fumeur de joints professionnel. Que des métiers élogieux, en bref.

Situation sociale : Plutôt féminine en général. Qu'il soit petit-gros ou gros-bras, ça ne change rien. Vous voyez la/les bombe(s) latine(s) siliconée(s) qui fait/font baver tout le bahut ? Vous pouvez être sûr que c'est le black de service qui se la/les tape ! Que voulez-vous ? Ce personnage est un incorrigible dragueur, et c'est comme ça qu'on l'aime ! Et puis, il paraît que les filles les préfèrent bien gr... bien cool.

Horoscope : Le black de service se fera embarquer dans une aventure bien malgré lui, et trouvera dès les premières minutes une raison de râler au sujet des injustices qu'on lui fait subir à cause de ses origines. Heureusement, il aura amené son stock de gazon, ainsi que sa petite amie mensuelle, afin de distraire un peu les autres personnages en même temps que le public. Il se la coulera douce pendant le premier dixième du film, et pourra se la jouer cool tout son saoul, mais dès la première péripétie, ça n'y manquera pas... COUIC !


Lulu

# Posté le mercredi 10 mai 2006 15:58

Modifié le vendredi 16 juin 2006 16:52

Le Flash-Back

Le Flash-Back
Outil plus que cliché, le flash-back est un procédé narratif permettant la plupart du temps au spectateur de ne pas se perdre inopinément dans le scénario de plus en plus touffu. Il peut aussi servir à explorer les souvenirs douloureux du héros afin de mieux comprendre le pourquoi des actes héroïques qu'il commet maintenant. Quand on ne sait pas expliquer autrement, on fait alors le coup du « mais-voyez-plutôt » ou « la-preuve-en-image ». C'est simple et efficace. Mais comment ne pas se mélanger les méninges d'une nouvelle manière en confondant passé et présent ? Bien sûr, la grande académie hollywoodienne a tout prévu, et a créé un code visuel : le B.F.B.C (Beware, a Flash-Back is Coming !). Analysons ses différents symptômes spécifiques...

Tout commence par un gros plan sur le héros, bouche grande ouverte et regard perdu dans le vague comme si le fantôme de sa grand-mère venait d'apparaître dans le hors-champ. Le plan est accompagné de la fin d'une réplique prononcée par un interlocuteur quelconque, dont le dernier mot –qui est la cause du trouble soudain du personnage principal– se répète à tue-tête dans l'écho : « Je reviens, je vais acheter des cornichons... cornichons... cornichons... cornichons... ». Soudain, l'image se trouble, devient floue, vire au blanc lumineux, alors qu'un long coup de harpe allant du grave vers l'aigu annonce l'analepse (bbblllllooooïïïïïïïïnnnnngggggg...).

Le héros se retrouve alors dans l'un de ses souvenirs traumatisants, où il se revoit tout petit, dans sa ferme natale, courant après son cochon sous l'½il bienveillant de ses parents quand subitement... Une longue voiture noire vrombissante débarque dans la cour en écrasant les poules, soulevant un nuage de poussière... Le père se lève, le regard grave, et dit à sa femme : « Femme, va me chercher ma getling du dimanche ». Le nuage de poussière se dissipe, découvrant trois hommes vêtus de costumes noirs, et brandissant d'un air menaçant de longs cornichons pointus. L'un d'eux s'avance et déclare au père d'une voix aggravée au synthétiseur :
-Une dernière fois, monsieur, cédez-nous votre ferme pacifiquement ou nous laisseront parler nos cornichons !
-Jamais !
-Soyez compréhensifs, c'est pour la bonne cause, nous souhaitons la réaménager en fabrique de scoubidous high-tech !
-Je ne céderai jamais ma ferme aux scoubidous du totalitarisme !
Sur ce, le père brandit sa getling que lui tend sa femme et tire cordialement dans le tas. Mais les hommes en noir effectuent une impressionnante pirouette dans les airs et atterrissent derrière l'homme et la mère qu'ils achèvent d'un coup rapide et précis de cucurbitacée avant qu'ils n'aient eu le temps de réagir. Puis, ricanant, ils repartent dans leur voiture en prenant soin d'écraser le cochon, laissant le fils seul témoin de l'injustice odieuse qu'ont subie sa famille et l'animal.

L'image redevient floue, un nouveau long coup de harpe, mais à l'envers cette fois, allant de l'aigu au grave (...gggggnnnnïïïïïïïïoooolllllbbb). Une voix lointaine se confirme progressivement, rappelant le héros à la réalité :
-Jack ? Jack... Jack... Youhou, Jack ! Jackichounet... Jacqueuh ! How ! Jack ! JACK BORDEL !!!
-Hein ? Quoi ?
-Est-ce que je dois aussi prendre des tomates ?... tomates... tomates... tomates...


Lulu

# Posté le mercredi 10 mai 2006 16:09

Modifié le mardi 26 juin 2007 05:00

Le Shining

Le Shining
L'héroïne progresse seule dans une maison sombre et lugubre, pendant une nuit d'orage, armée d'une lampe torche car... les plombs ont sauté. Il y a déjà comme une mauvaise ambiance dans l'air... La jeune femme tourne un angle, et se retrouve devant un long et étroit couloir dont on ne voit même pas le fond. Soudain, un violent éclair illumine les vitraux qui parsèment l'un des murs, et laisse entrevoir tout au fond une porte massive... A ce moment, on se dit qu'elle ne devrait peut-être pas aller au bout de ce couloir... L'héroïne prend une grande inspiration, et commence à lentement avancer, braquant d'une main tremblante sa lampe. Ses pieds nus foulent la moquette poussiéreuse, elle passe devant différents tableaux représentant des personnages décidément pas photogéniques...

Nous, on ne
sait pas pourquoi, mais on est vraiment pas tranquille... La jeune femme finit par atteindre la porte. On peut voir une lumière rougeoyante filtrer à travers le seuil et le trou de serrure. On se dit que c'est définitivement pas une bonne idée d'ouvrir... Et pourtant, la fille approche sa main fébrile de la poignée, et en serre le métal glacé... N'ouvre pas, dit-on ! Mais elle continue ! La poignée pivote en grinçant, et le claquement du verrou retentit dans le silence de plus en plus pesant. La porte s'ouvre petit à petit... Quelle conne ! N'ouvre pas ! La lumière rouge s'étale progressivement sur le visage de la jeune femme, et au moment où elle atteint ses pupilles, celles-ci se dilatent, la gorge se contracte, les mâchoires s'écartent, et en même temps qu'un prodigieux coup de tonnerre éclate, l'héroïne pousse un cri apte à dessouder la tour Effel.

Et nous on le s
avait ! On le savait ! C'était clair et limpide qu'il allait y avoir un truc bizarre derrière cette porte ! Comme s'il y avait marqué dessus « Cette pièce contient un truc bizarre, prière de ne pas ouvrir » ! Mais comment ce fait-ce ??? Aurait-on le shining ? Non, à la vérité, ce qui nous a fait pressentir le danger, c'est une autre force omniprésente et omnipotente qui habite tous les films : la musique ! Notez bien ça, les amis : lorsqu'alors qu'un personnage s'y prend un peu trop lentement pour faire quelque chose de pourtant banal (comme ouvrir une porte ou un pot de yaourt), et que cette action s'accompagne d'une musique stridente et continue jouée au violon, allant de plus en plus vers l'aigu, soyez certain que le personnage en question ferait mieux pour sa santé de ne pas ouvrir la/le dit(e) porte/pot de yaourt.

Mais une
question subsiste, déterminante... Est-ce que, oui ou non, les héros entendent cette foutue musique ???

Lulu

# Posté le vendredi 12 mai 2006 09:51

Le Happy End

Le Happy End
Les films américains politiquement corrects, autrement dit les films américains, bénéficient souvent d'un happy end (la joyeuse fin en québécois), précédant le cliché de l'aller-retour. La scène représentant la situation finale digne d'un conte de fées est souvent filmée au ralenti, avec un filtre de couleurs qui pique les yeux, sur fond de musique de Walt Disney, et a lieu, on ne sait trop pourquoi, dans un ponctuel champ de pâquerettes...

Cela comme
nce avec le héros, fatigué mais victorieux, rentrant paisiblement chez lui, la tête du méchant plantée dans la baïonnette de son fusil. Soudain, on le voit en gros plan lever ses beaux yeux bleus et esquisser un sourire comportant au moins cinq rangées de dents. En face de lui, le second rôle, qui était mort mais qui est maintenant vivant, avance en boitillant, le bras dans le plâtre mais souriant lui aussi. Leros lâche alors son fusil et lui fonce dessus à grandes enjambées, bras écartés, et le serre contre lui, le soulevant. Mais le second rôle grimace légèrement et le retient, lui montrant fièrement sa blessure. Ce gag burlesque fait rire de bon c½ur les deux protagonistes.

Souda
in, on entend un aboiement, le premier rôle se retourne et voit son chien Roosevelt courir vers lui. Il lui saute dessus, le renverse et le lèche abondamment (c'est valable pour le chien comme pour le héros). Le héros rigole encore en secouant affectueusement l'animal dans tous les sens puis, se demandant soudain qu'est-ce que son chien fout ici, il regarde dans la direction d'où il est venu... Et là... quelle surprise ! Papa et Maman qui viennent l'accueillir, un drapeau américain dans une main et un panier de pique-nique dans l'autre ! Il les serre tous contre lui, rigolant à s'en retourner les poumons. Arrive ensuite en sautillant l'état-major, rigolant et balançant des médailles d'honneur comme des ½ufs de Pâques, puis le black de service, brandissant son pouce vers le personnage principal, l'air de dire : « T'es presque aussi cool que moi, mec ! ».

Un pe
u à l'écart, le héros voit une ultime fois l'esprit du grand maître du kung-fu qui l'avait formé, qui le regarde avec fierté en hochant la tête, puis disparaît. Tout ce beau monde rit de plus en plus fort, s'enlaçant, s'embrassant. Le héros est heureux comme seul un trisomique devant un gâteau au chocolat devrait pouvoir se le permettre. Mais soudain, le temps ralentit encore plus, et le héros cesse de sourire. En face de lui avance lentement la femme plus en détresse, de toute beauté. Au milieu du tumulte, les deux personnages se rejoignent, se prennent les mains et se regardent longtemps, l'air un peu con. Subitement, un bon curé ayant revêtu pour l'occasion une toge rose fluo surgit de nulle part. Et, juste le temps de vaguement évoquer Dieu et tout et tout, il les marie en moins de deux.

La cam
éra se met à tourner autour des visages des deux héros qui se rapprochent, entourés de l'assemblée qui les acclame en applaudissant et en riant toujours plus fort (à un moment on voit même un des méchants secondaires reconverti en gentil arriver à la bourre). Leur lèvres se rapprochent, et alors que la musique émouvante fait son grand final, les protagonistes s'embrassent goulûment...

FIN

Lulu

# Posté le vendredi 12 mai 2006 09:59

Modifié le mardi 26 juin 2007 05:00

Le vieux fou du village

Le vieux fou du village
Aujourd'hui, chers lecteurs et lectrices, nous usons de la magnifique couleur caca d'oie pour parler, tenez-vous bien, d'un cliché de films francais! Pire encore, provençaux!!!

Dans le paisible village de Saint Fouinfouin les Roubignoles, les paysans travaillent avec le sourire dans des paysages radieux au milieu des vaches que s'affairent à traire les rudes fermières, ponctuant leur travail de quelques "crémildiou" bien placéS. Les enfants font un foot sur la place publique avec une vessie de porc gonflée et au milieu des marchand qui hurlent la qualité de leurs produits. Mais tout n'est pas si tranquille que ça à Saint Fouinfouin les Roubignoles. Car il y a le vieux fou du village qui vient pourrir la vie des honnêtes citoyens qui le lui rendent bien.

Il fait pourtant pas grand chose le pauvre vieux, à part vivre en recluse dans une baraque en ruine et se déplacer en parlant tout seul et en ricanant un peu à l'occasion. Jusque là, rien d'anormal pour un petit vieux. Mais une intrigue bien plus sombre l'entoure... On raconterait qu'il est complètement fou et pire, il serait un sorcier (on est très loin de l'intrigue Hollywoodienne)!!! Toujours est-il que le pauvre vieux reçoit quotidiennement insultes et cailloux qu'il encaisse en ricanant et en chuchotant des onomatopées que lui seul peut comprendre.

Mais heureusement, dans le village, il y a un mec qui est un peu moins bouseux que les autres et qui va essayer de comprendre l'attitude du vieux taré. Après lui avoir offert un lapin fraichement tué du matin, il parvient à sympathiser. Le vieux fou lui fait donc visiter son antre, aussi resplendissante que son propriétaire. Des cadavres d'animaux pendent au mur, les araignées évoluent en toute liberté dans la maison, ça et là des alambics qui sentent pas franchement bon cuisent et le toit s'en est allé en partie. Après avoir cuit le lapin sans le vider, le vieux fou se met à table et c'est là que le héros découvre avec horreur que celui-ci mange comme un porc.

Le héros, tout en évitant avec adresse les morceaux de lapin à moitié mâchés qui fusent dans l'air, se met à discuter avec le vieux et c'est alors que nous découvrons avec étonnement qu'il est doué de parole! Et il admet faire de la magie (oulala!!!), mais de la magie blanche: il sait soigner des gens, faire pousser des arbres, parler aux animaux et faire léviter les bouteilles de pastis. Mais cependant, son frère, lui, fait de la vilaine magie. C'est son ennemi juré et il se trouve qu'il a maudit le village la nuit dernière après avoir perdu cent balles aux cartes à la taverne. Il faut réagir, vite! Mais tout à coup, la malédiction commence, les blés moisissent, les vaches donnent du nesquick et les enfant crèvent leur vessie de porc.

Les habitants visent immédiatement le vieux taré et après s'être munis d'armes improvisées s'en vont cramer joyeusement sa baraque. Le vieux, voyant ça, se transforme en tourterelle et s'enfuit sous une grêle de faux et de seaux, chiant sur un ou deux villageois au passage. Le héros pourra placer un "c'est pas ce que vous croyez!", mais rien n'y fait et il sera condamné à être dépucellé sur la place publique par tous les habitants. Mais au moment de son exécution arrive un pingouin d'un coté et une tourterelle de l'autre.

Et POUF, les voila transformés tous deux en vieux tarés, dans un grand nuage de fumée. S'ensuit un épique combat de magie, mais le gentil pépé, d'une bouteille de pastis bien placée, fracasse le crane de son frère. La malédiction est levée grace à lui! Tout le village l'acclame, c'est la fête, le petit vieux remercie le héros de lui avoir fait confiance et on organise un grand festin de sangsues grillées en dansant autours du feu.


Jérem'

# Posté le dimanche 14 mai 2006 16:35

Modifié le mardi 26 juin 2007 05:00